Ce matin tout allait bien. Il s’est levé de bonne humeur. Toujours aussi peu loquace, après toutes ces années de vie communes je détecte les moindres signes de sa bonne humeur dans son regard, sa façon de se déplacer.

Je suis partie faire mon grand tour du parc tôt ce matin, à la fraiche, marche nécessaire à ma santé et, musique dans les oreilles, j’étais heureuse.

Une heure plus tard en rentrant il m’a demandé si je voulais venir avec lui faire faire quelques emplettes.

Durant le trajet, son humeur a changé d’un coup. Boudeur, taciturne, il marchait en regardant ses chaussures, bousculant les passants qui ne se gênaient pas le lui faire remarquer. Sur l’étal de fruits il touchait à tous les fruits sans ménagement. Le vendeur ne s’est pas gêné non plus de m’en faire la remarque.

Je suis revenue à notre appartement dépitée, le cœur écrasé d’amertume.

Cela fait des années que cela dure. Je ne veux pas détruire ma vie, mon couple, les bras me tombe, je ne sais pas quoi faire. « Pars, laisse le se morfondre seul » me disent mes enfants.

Je ne peux pas ! je n’ai jamais pu, je n’essais même plus de me poser cette question. Pourquoi se poser des questions si on ne se donne pas les moyens de trouver les réponses.

Je réfléchis sur chaque (chose) qui encombre ma vie et m’empêche d’avancer. Tous mes rêves de couple, tout ce que je croyais essentiel perdent de leur sens. En tout cas, une chose est sure, si je reste avec lui je souffre, si je pars, je souffre aussi.

 

Je rêve devant un catalogue de voyage. Je rêve de partir, mettre mes pieds dans sable, sentir le vent dans mes cheveux. Partir seule, sans lui qui se déplace en bougonnant le dos vouté et les mains dans le dos. Râlant à tout bout de champ sur la cherté de la vie dès que nous nous arrêtons prendre ( si rarement ) un café. Partir sans mon boulet.